Talent vs entraînement : qui est le gagnant ? - Homo Medicalus

by Idris Amrouche


Posted on 16 Apr 2015 at 17:48 1792


Talent vs entraînement : qui est le gagnant ?

 

Oubliez tout ce qu'on a pu vous dire sur le sujet, l'entrainement ne permet pas d'atteindre l'excellence, des milliers d'heures d'entraînement ne vous garantiront pas forcément d'atteindre la perfection, ni faire de vous un expert.

 

Il existe un mythe tenace dans l'obtention de la maîtrise parfaite d'une compétence, tout ce que cela demande, c'est 10 000 heures d'entraînement acharné. Les « 10 000 heures » n'ont pas vraiment traversé l'Atlantique, mais l'esprit d'un entraînement long et difficile s'est diffusé. L'idée a été popularisée par le livre de Malcolm Gladwell, Outliers (2008). Pour émettre sa théorie, il se base sur une étude réalisée auprès de musiciens par le psychologue K. Anders Ericsson en 1993. Malgré le scepticisme légitime de nombreux chercheurs, la théorie des 10 000 heures a été joyeusement acceptée par de nombreuses personnes qui espéraient un jour, grâce à un entraînement acharné, devenir expert en piano, en baseball, devenir bilingue ou encore champion de Rubick's Cube. Macklemore a même écrit une musique sur le sujet. Comme on peut l'imaginer, l'idée s'est repandue comme une trainée de poudre, particulièrement aux Etats-Unis, pays de la méritocratie par excellence. Les vidéos de motivation sur ce principe des 10 000 heures ne se comptent plus.

 

Terminer ces 10 000 heures, c’est donc apprendre à tomber, à se relever, à capitaliser sur les leçons tirées de ses erreurs et de recommencer coûte que coûte. Les 10 000 heures de pratique aident évidemment à la maîtrise d’une discipline donnée, mais in fine, le nombre d'heures importera peu.

 

Il semble donc que le rêve d'atteindre les sommets par la seule patience, soit finalement peu crédible, des chercheurs ont démonté ce mythe une fois pour toute, confirmant bien sur que certaines personnes peuvent devenir expert dans une discipline en 10 000 heures d'entraînement, voire moins, mais que pour une grande majorité d'entre nous, cela reste impossible. En effet, il existerait énormément de paramètres nécessaires en plus d'un travail acharné pour obtenir l'excellence.

 

Cette équipe composée de psychologues internationaux a prouvé qu'un entraînement ciblé pouvait expliquer seulement un tiers de la différence de niveaux entre joueurs d'échecs et musiciens.

 

Le résultat est clair, « les variables pouvant expliquer ces différences restent à expliquer, et les raisons sont autres que l'entraînement», l'équipe a publié cette étude dans le journal Intelligence Last Year. Selon les auteurs, les facteurs autres que l'entraînement seraient, tenez-vous bien, le talent naturel et la génétique.

 

Les chercheurs ont conclu avoir analysé les résultats de six études précédentes, obtenus après des compétitions d'échecs (1082 sujets au total) et huit études incluant des musiciens (628 sujets), l'objectif étant de rechercher une corrélation entre l'entrainement et le succès. Ce qu'ils ont découvert, c'est qu'il n'y en a finalement aucune.

Une donnée encore inconnue

 

Un joueur d'échec, par exemple, a eu besoin de 26 ans pour atteindre le même niveau qu'un autre joueur en deux ans. Cela montre clairement, qu'il y a bien plus que le travail et que le volume d'heures d'entraînement, une donnée encore inconnue qui rendrait infranchissable la barrière de l'excellence.

 

« La preuve est très claire », écrit l'auteur principal de cette étude, David Hambrick de l'université du Michigan, « certaines personnes atteignent un niveau d'élite sans un entraînement extraordinaire, alors que d'autres échouent malgré un entraînement extrêmement rigoureux ».

 

Ericsson, le père de la théorie des 10 000 heures, n'est pas tout à fait d'accord avec cette étude, et il l'explique dans un article, où il critique les chercheurs pour avoir étudié trop de débutants et pas assez d'experts. Mais il émet aussi des doutes sur cette règle des 10 000 heures.

 

Surtout ne prenez pas cet article comme une incitation à l'abandon. Mais plutôt comme une lueur d'espoir, si vous n'avez pas réussi à maîtriser parfaitement la Sonate No.3 Opus. 58 de Chopin malgré des dizaines d'années de leçon de piano, ce n'est donc pas par manque d'entraînement. Vous n'avez simplement pas assez de talent... (voilà pourquoi je n'ai moi-même pas tenté l'expérience). On pourrait conclure que l'entraînement, c'est bien, mais le talent, c'est mieux.

 

Sources :

http://msutoday.msu.edu/news/2013/practice-makes-perfect-not-so-much/

http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160289613001736

http://projects.ict.usc.edu/itw/gel/EricssonDeliberatePracticePR93.pdf

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Entraînement endurance intelligence sport musique psychologie

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