Harry Potter : pourquoi est-il si difficile de poser le livre ? - Homo Medicalus

by Idris Amrouche


Posted on 13 Nov 2014 at 18:28 1416


Harry Potter : pourquoi est-il si difficile de poser le livre ?

Pour la première fois, une étude explore la réaction de notre cerveau à l’extraordinaire expérience humaine de la lecture, et pour cela, des passages de l’incontournable Happy Potter ont été utilisés. 

Nous avons tous ressenti cette sensation d’immersion complète à la lecture d’une excellente fiction jusqu’à littéralement « plonger dans un livre ». Cette sensation est si commune et puissante, que la science s’est penchée sur la question, une question qui a bien peu passionné les neurophysiologistes jusqu’à maintenant. Mais une équipe de la Free University de Berlin a décidé d’étudier ce phénomène, en observant ce qui se passe dans le cerveau des lecteurs lorsqu’ils sont plongés dans l’un des passages du livre de J.K Rawling.

L’équipe, dirigé par le psychologue Chun-Ting Hsu, a décidé de tester la validité de ce qu’ils ont nommé « l’hypothèse de la sensation fictive ». Cette théorie explique que les récits à fort contenu émotionnel incitent le lecteur à ressentir de l’empathie envers les protagonistes. L’empathie, est une sensation bien connue des scientifiques et qui correspond à l’activation d’un système neuronal spécifique localisé dans le cortex insulaire et cingulaire du cerveau. Il semble alors évident, qu’en provoquant ce sentiment d’empathie dans le cerveau, les histoires très chargées émotionnellement seront presque toujours captivantes, contrairement à des histoires plus neutres ou avec de longues intrigues.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont rassemblé deux groupes de participants, leur donnant différents passages issus de l’un des tomes d’Harry Potter. Le premier groupe a ainsi dû lire l’un de ces passages, à l’intérieur d’une machine à Imagerie par Résonnance Magnétique (IRM), permettant aux scientifiques de capturer des images du cerveau en pleine activité. Le second groupe devait lire le même passage, cette fois sans analyse cérébrale, mais était en revanche chargé de noter à quel point ils se sont sentis immergés.

Les extraits étaient de quatre lignes, l’un était plein de suspense voir effrayant, comme lorsque Harry rencontre Quirinus Quirrell boire du sang de licorne dans Harry Potter à l’école des sorciers, l’autre passage était, quant à lui émotionnellement neutre, lorsque Harry observe sa chouette Hedwige, à ne rien faire avant de s’endormir (peut-être faisait-il semblant ?), dans Harry Potter et les Reliques de la Mort.

Comme on pouvait s’y attendre, les passages les plus effrayants étaient ceux qui avaient les plus hauts scores d’immersion contrairement aux passages considérés comme neutres, qui ont par ailleurs plus de chance de perdre le lecteur en route.

Ce résultat n’est bien sur pas étonnant, mais ce qui est remarquable est justement ce qui se passe dans le cerveau des participants. Les passages effrayants déclenchaient différents systèmes d’activations neuronaux, là ou les passages plus neutres ne provoquaient aucune réaction.

C’est en plein milieu de ce gyrus cingulaire, que l’équipe de Hsu a détecté le plus grand lien entre le niveau d’immersion et l’activité neuronale provoquée par les passages effrayant. Le centre de ce gyrus cinguaire est justement considéré comme le « cerveau de l’empathie », cette zone a été plus précisément associée à l’empathie dans la peine et la douleur.

Bien que les résultats nous apportent des éléments prouvant que le cerveau réagit différemment en fonction des émotions provoquées par un texte, se sentir immergé par un passage de quatre lignes est une expérience fondamentalement différente de la lecture d’un livre entier pendant des heures. Cette étude, n’est probablement pas le dernier regard de la neuroscience sur l’écriture et la lecture. Ce n’est qu’un pas dans la compréhension de ce phénomène complexe, en attendant, continuons d’appeler ça la magie de la lecture.

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Harry Potter lecture empathie émotion psychologie cerveau

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