Du speed dating à l’interrogatoire médical - Homo Medicalus

by Le Carabin


Posted on 03 Dec 2014 at 17:11 6214


Du speed dating à l’interrogatoire médical

Dans le long apprentissage de la pratique médicale, il y a une étape incontournable qui effraie plus d’un étudiant : l’interrogatoire médical. Sur le papier, cela semble être d’une simplicité déconcertante, un immuable question-réponse aboutissant, in fine, au sacro-saint diagnostic. Une liste de questions mémorisées que l’on recrache avec plus ou moins d’habileté à un être imaginé : le patient idéal. Celui qui n’existe que dans l’imagination de celui qui réduit le corps humain à une succession de symptômes, comme dans simple livre de médecine. Or la médecine ne s’apprend pas que sur du papier blanc.

Une grande partie des diagnostics seraient réalisés lors de l’interrogatoire. Mais la réalité n’est pas si simple. Cependant, cette découverte de l’autre, l’intérêt certain ou le certain intérêt que les deux interlocuteurs se portent, peut être comparé à une rencontre amoureuse.

Des déceptions, des larmes, des sourires, tous les ingrédients pour faire de cette rencontre un condensé de sentiments.

Bonjour ! Le premier regard, baissé, franc, fuyant, tout est possible dans cette salle plus ou moins éclairée de l’hôpital. S’installer au même niveau que le patient, toujours, jambes croisées, stylo à la main, un morceau de papier chiffonné, l’apprenti médecin est maintenant armé pour ouvrir une porte fermée, cadenacée et parfois usée par le temps et les épreuves de la vie.

Le premier mot, son intonation, tout a son importance quand on interroge un patient.

Le cœur s’emballe, le patient nous salue, mais pas toujours. Puis la conversation commence parfois par le présent, mais surtout par le passé. Le passé, toujours le passé, celui qui ne nous quitte jamais, même à l’hôpital. Par le passé, j’entends les antécédents du patient, qui, bien souvent, se mêlent à une histoire douloureuse, des souvenirs parfois enfouis, qu’on aurait tenté d’oublier. La mort brutale d’un parent, d’un mari, d’une femme. Une solitude révélée, que l’on voulait cacher ou parfois oublier. Vous vivez seul ? Dans une maison ? Un appartement ? Toutes ces questions qui percent l’intimité d’une âme comme une lance affutée.

Le tact, le talent, l’empathie, sont autant de choses qui permettent de percer cette carapace sans trop de fissures, rouvrir une plaie puis la refermer délicatement, pour que la personne se laisse rouvrir les autres sans trop de ménagement.

Parfois, l’interrogatoire s’égare. Une question, et une longue diatribe s’enchaine. Faire le tri, tout noter, le laisser parler, couper, enchainer, difficile alors de ne pas se perdre. Le temps passe et nous voilà transporté dans la vie d’un autre, d’une autre, de personnes qui nous éclaboussent de morceau de vie. En face, un simple étudiant qui du haut de sa vingtaine, peut à peine imaginer ces tranches de vie découpées crûment comme dans une boucherie.

Mais l’interrogatoire c’est aussi des liens qui se créent, le regard complice de celui qui se laissera aller, et répondra à chaque question avec une volonté d’aider l’investigateur. Aider, une entraide, une volonté commune d’avancer, voilà ce qu’il faut rechercher. Se prendre par la main pour atteindre la guérison. Le maître-mot ? La confiance. Celle qui nous permettra de mener à bien cette première étape, commune à toutes les médecines du monde.

Le regard, le premier mot, déposer les questions enrobées d’empathie et d’altruisme sur un passé douloureux, un présent entouré de blouses blanches, et un futur incertain. L’interrogatoire médical ne nous est pas enseigné, il s’apprend en domptant sa personnalité, en s’empreignant d’humanité et surtout en conservant à l’esprit la seule et unique volonté de soigner. 

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Percy 03 Dec 2014 C'est très bien, et c'est quelque chose que j'ai pu vivre fortement en tant que jeune interne en médecine physique et de réadaptation, où la vie des gens est extrèmement bouleversée, ce que nous oblige d'autant plus à essayer de comprendre au plus près leur quotidient "d'avant", pour construire un projet le plus personnalisé possible.

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